Destinus : le futur du voyage hypersonique propulsé à l’hydrogène

Un avion supersonique

Dans un monde où la rapidité des déplacements est devenue un enjeu économique et environnemental majeur, une start-up française basée à Toulouse espère révolutionner le secteur aérien avec un concept d’avion hypersonique révolutionnaire. Baptisé Destinus, ce projet de rupture vise à concevoir un aéronef capable de transporter des passagers à une vitesse de Mach 7, soit environ 8500 km/h, tout en utilisant l’hydrogène comme carburant principal, une première mondiale. Au-delà des défis technologiques immenses à relever, ce pari fou symbolise les espoirs de toute une industrie pour réinventer le transport aérien autour de la vitesse et du développement durable.

La renaissance de l’avion supersonique

Depuis l’arrêt des vols commerciaux du légendaire Concorde en 2003, le voyage à vitesse supersonique pour les passagers civils est devenu une réalité à la fois révolue et futuriste. Si plusieurs projets de remplaçants ont été lancés, notamment par les avionneurs historiques, ils n’ont pour l’instant pas réussi à réconcilier les contraintes de vitesse, de rentabilité et de réduction des nuisances environnementales comme le célèbre avion franco-britannique le faisait.

C’est dans ce contexte de renouveau du transport supersonique que le projet Destinus tente une audacieuse disruption technologique en combinant la propulsion à l’hydrogène et le franchissement de la barre mythique des Mach 5 (6150 km/h). Un objectif stratosphérique qui permettrait de relier Paris à Tokyo en seulement 2h15 de vol.

“Nous partons d’une feuille blanche pour concevoir un avion capable de repousser toutes les limites existantes du transport aérien, à la fois en termes de vitesse, d’empreinte environnementale mais aussi d’expérience passager,” expose Gauthier Renault, président-fondateur de Destinus.

Voici une vidéo présentant cette start-up :

Des défis techniques hors-normes

Si l’ambition affichée semble démesurée, elle s’appuie malgré tout sur des bases techniques solides grâce aux importants progrès réalisés ces dernières années dans le domaine des matériaux composites et de la propulsion à l’hydrogène. Pour parvenir à atteindre le régime de vol hypersonique désiré avec une poussée suffisante, Destinus planche sur un système de propulsion combinant un turboréacteur supersonique et un statoréacteur utilisant de l’hydrogène liquide comme carburant.

“C’est un immense défi qui demandera des années de développement. Mais les récents progrès réalisés dans l’allègement des structures aéronautiques, la gestion thermique et la résistance aux flux hypersoniques nous rendent optimistes”, analyse Julien Mouysset, directeur technique du projet.

Au-delà de la propulsion, le futur avion devra également intégrer des solutions de pointe en termes d’aérodynamisme, de résistance aux températures et aux contraintes extrêmes générées par les vitesses d’environ 8500 km/h visées. Des systèmes de refroidissement par absorption et rayonnement font notamment partie des pistes étudiées.

Un prototype d’ici 2030 ?

Voilà pour le côté technologique. Mais Destinus devra également relever des défis financiers et industriels hors-normes pour transformer son concept en réalité commerciale dans les années à venir. Fort d’une levée de fonds initiale de 33 millions d’euros, le projet vise désormais à sécuriser 200 millions supplémentaires afin de construire et faire voler un premier prototype pour la fin de la décennie.

“C’est évidemment un investissement très lourd, mais c’est le prix à payer pour préparer l’avenir de l’aviation à l’aube des années 2040” affirme Gauthier Renault, qui espère pouvoir trouver de nouveaux investisseurs de poids, notamment auprès de fonds souverains étrangers.

Au-delà du financement, le défi sera aussi de fédérer un solide écosystème industriel français et européen autour du projet, capable de fournir les équipements, structures et systèmes pour assembler le premier prototype. Des partenariats notamment avec Safran, Airbus, Dassault et des labos publics comme le CNRS ou le CNES sont d’ores et déjà en cours d’élaboration.

Vers de nouvelles mobilités ultra-rapides ?

S’il voit le jour, l’avion hypersonique de Destinus pourrait générer une véritable révolution de la mobilité pour les personnes comme pour les marchandises dans les prochaines décennies. La possibilité de relier n’importe quelle destination sur Terre en quelques heures seulement ouvre la voie à de nouveaux usages et modèles économiques insoupçonnés.

“Au-delà du simple transport de passagers, on pourrait par exemple imaginer des services de fret express intercontinentaux reliant les principales places économiques mondiales en moins d’une journée,” envisage Gauthier Renault. “C’est un changement de paradigme complet pour toutes les chaînes logistiques d’approvisionnement et de distribution.”

Pour les voyageurs, les perspectives d’un avion aussi rapide et “vert” que Destinus représentent aussi un véritable changement d’expérience. Fini les éreintantes traversées océaniques, l’avion hypersonique permettrait de partir tôt le matin d’une mégapole pour arriver à destination, de l’autre côté du globe, en fin d’après-midi, le tout sans émission nette de CO2.

“C’est la promesse d’un nouveau Grand Voyage, ultra-rapide et durable, une sorte de renaissance du voyage supersonique pour une nouvelle ère de mobilité respectueuse de l’environnement,” philosophe Marc Chaussade, spécialiste du tourisme de demain.

Une vision peut-être encore futuriste, mais que les équipes de Destinus espèrent bien transformer en réalité d’ici quelques années. Un immense défi technique et industriel à relever, qui pourrait bien réinventer les codes du transport aérien pour le siècle à venir.

Révolution ou utopie ? L’avenir nous le dira. Mais ce pari fou d’un avion hypersonique propulsé à l’hydrogène made in France aura au moins eu le mérite d’ouvrir la voie à de nouveaux possibles dans la quête de mobilités rapides, propres et abordables. Une ambition à la hauteur des nombreux défis auxquels l’humanité doit aujourd’hui faire face pour se déplacer dans un monde contraint par le changement climatique et les enjeux de développement durable. Ce qu’il faut sans doute retenir, c’est cette volonté de penser “out of the box” et d’innover radicalement pour inventer les transports de demain.

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